Pour une mondialisation nationaliste (dossier)

Pour une mondialisation nationaliste

 

  La crise du Covid 19 a amorcé une prise de conscience de la trop grande dépendance des Etats d’Europe envers l’étranger. A l’exception de l’Allemagne, qui a conservé jusqu’à présent l’essentiel de son industrie, la plupart des Etats d’Europe ont allègrement supprimé leurs activités industrielles, la France ayant été à la pointe de ce mouvement suicidaire et, en dépit des discours, semble persévérer. Subitement, le pseudo élites qui nous conduisent à la ruine se sont rendues compte que la France importait la quasi-totalité de ses médicaments, était incapable de produire du matériel médical, tels des masques de protection. Alors, dans un mouvement de panique, des voix se sont élevées pour demander le rapatriement de toutes ou de certaines industries, sachant, ou ne sachant pas, que cela ne pourra pas s’effectuer en un claquement de doigt, que, la crise passée, le vent du boulet étant oublié, il est à penser que bien peu de choses changeront dans le court et même le moyen terme.

 La conversion des habitudes de consommation est chose très rare. Les gens vont repartir de plus belle sur la lancée un moment suspendue en ce début 2020. Certaines usines seront peut-être relocalisées mais cela ne sera possible – et encore, de manière vraisemblablement marginale – que s’il existe une volonté politique à vue stratégique et si le rapatriement peut se faire sans que les augmentations de prix ne dérangent les consommateurs, alors que les dividendes des investissements effectués à l’étranger et rapatriés dans les pays anciennement développés financent les déficits commerciaux.

   La course à la rentabilité va reprendre ; n’oublions jamais que les investisseurs veulent des rentabilités de 12 à 15 % sur le court terme, ce qui exclut les investissements à long terme, sauf si les Etats, une nouvelle fois s’en mêlent avec la volonté d’imposer leurs vues stratégiques (à condition qu’elles en aient, ce qui n’est pas le cas en France). Il va falloir une ou plusieurs crises, autrement cataclysmiques que celle du Covid 19 – crise financière, conflits armés, révolutions, hausse des coûts de transports internationaux ou désorganisation de ceux-ci – pour que l’économie mondialisée puisse se réorienter radicalement, notamment selon les vues que nous exposons dans Militant.

   Nous n’avons pas cessé, depuis des années, de dénoncer cette évolution criminelle, tant par la destruction de nos industries et par suite de notre savoir-faire séculaire, hérité de l’habileté et de l’ingéniosité des générations qui nous ont précédées, que par la dépendance qui fait de nos Etats des sortes d’otages de l’étranger. Nous avons aussi publié des articles montrant comment une autre mondialisation (dans la mesure où celle-ci est irréversible et existe depuis l’Antiquité) était possible et comment nous pouvons réorganiser nos économies nationales, avec pour socle, le rétablissement de notre souveraineté monétaire. Le moment est propice pour exposer nos analyses, en les actualisant, sachant qu’en dépit d’un avenir continuant sur la lancée de ces dernières années, à vue d’homme, il faut se préparer à un après-demain, aussi improbable aujourd’hui que la disparition de l’ordre existant en 1914 était improbable aux contemporains d’alors, mais inévitable, étant données les fragilités du monde présent.

 

Le processus de mondialisation

   Qu’est-ce que la mondialisation ? Dans l’acception courante, il s’agit de l’établissement de courants d’échanges économiques entre différentes régions du globe, ceux-ci se multipliant et s’intensifiant au fil des âges. Effectivement, depuis la plus haute antiquité, les courants d’échange qui s’établissaient à travers le continent eurasiatique, connus sous le terme de « Routes de la soie », ceux, moins connus, qui s’établissaient à travers le Sahara et débouchaient dans le bassin méditerranéen, étaient des phénomènes de mondialisation

   Les Grandes découvertes de la fin du Moyen-âge, sous l’impulsion des Portugais puis des Espagnols, ont poursuivi et amplifié le mouvement. Le développent et l’amélioration des techniques de transport ont été des catalyseurs majeurs du développement de ce phénomène d’échanges, dont la colonisation du XIXe siècle est un aspect de systématisation à l’ensemble de toutes les parties de la planète.

Mais ces échanges impliquaient peu de flux de populations, si l’on excepte le cas limité de la traite esclavagiste, pratiquée durant douze siècles par les Arabes et, dans une moindre mesure, dans le commerce triangulaire colonial entre l’Afrique et les Amériques.

   Or, de nos jours, la mondialisation outre son aspect économique, revêt une dimension humaine dans la mesure où elle s’étend aux flux de population. Cela résulte des présupposés occidentaux matérialistes et rationalistes selon lesquels les hommes sont interchangeables et que, économiquement, il est indispensable, pour maximiser au mieux les profits financiers et la rentabilité des activités économiques, de créer les conditions d’un marché aux dimensions le plus vastes possible, à savoir l’ensemble de la planète. Les barrières entre Etats doivent disparaître, les frontières faisant l’objet d’une condamnation idéologique dans la mesure où elles sont accusées de créer et entretenir des divisions, des inimitiés entre les peuples et les hommes. Elles sont présentées comme étant toutes plus illégitimes les unes que les autres puisque un homme est un être humain avant d’être un Français, un Allemand, un Chinois etc.. Les cultures nationales, pourtant constitutives de l’identité et de la personnalité de chacun, sont arbitrairement et idéologiquement considérées comme constituant autant de barrières entre les hommes.

   Cette façon de voir est proprement européo-centrée, voire occidentalo-centrée. Elle résulte de la crise de la spiritualité dévoyée de la civilisation européenne contemporaine et du système de pensée qui en découle.

   Aussi longtemps que l’idéologie droit de l’hommiste sera le système de pensée dominant de l’Occident européen, il sera impossible de mettre fin à cette mondialisation mondialiste.

   Or cette idéologie est l’aboutissement d’un long processus de destruction de la pensée occidentale qui remonte pour l’essentiel à la diffusion de cette gnose talmudique qu’est la Kabbale juive (« qabbala » signifiant « réception ») dans le monde chrétien. Renan (Histoire littéraire de la France, t. XXVIII, p. 434) écrivait en une formule saisissante « Rachi et les tossaphistes firent Nicolas de Lire ; Nicolas de Lire fit Luther ». Or nous savons que Luther déclencha un courant de pensée qui aboutit à la maçonnerie moderne, au rationalisme anti chrétien, à travers des auteurs comme Bayle et Rousseau. Précisons que ce Rachi, de son vrai nom Rachi Salomon Isaki, fondateur de l’école de Troyes au XIe siècle, fut avec Avicebron et Maïmonide, l’un de ceux par lesquels l’anti christianisme se développa au cours des siècles à venir. Bernard Lazare, dans son ouvrage « L’antisémitisme, son histoire et ses causes » explique ce processus.

   En outre, l’idéologie talmudique a nourri la propagation du noachisme selon lequel le peuple juif, en tant que peuple prêtre de l’humanité, doit se préserver dans sa pureté, cette préoccupation ne concernant pas le reste de l’humanité.

   Dès lors, la constitution progressive d’un magma de populations indifférencié est un moyen supposé permettre d’assurer la domination d’une minorité consciente de sa spécificité au plus haut degré sur des masses dénationalisées et abêties.

   La mondialisation mondialiste ne pourra véritablement s’arrêter que lorsque le magistère du judaïsme politique et de la maçonnerie aura disparu parmi les peuples européens et chrétiens qui auront alors renoué avec leur magistère historique et traditionnel, le magistère du christianisme qui a transcendé l’héritage antique des peuples d’Europe.

  Cela est urgent car les peuples intérieurement affaiblis sont toujours sujets, à un moment ou un autre, sous une forme ou sous une autre, à connaître des événements douloureux et, pour finir, être dominés voir asservis par des voisins plus puissants ou plus dynamiques en quelque domaine vital qu’il s’agisse.

 

La mondialisation mondialiste

   La mondialisation actuelle est avant tout un projet politique, fondé sur une base spirituelle et messianique. Elle est portée par l’économie et le commerce. Elle reflète aussi un rapport de forces, qui actuellement  évolue en faveur de l’Asie. Après la dissolution de l’URSS en 1991, la décennie 1990 fut une période de grandes promesses : celle d’un « nouvel ordre mondial », d’une « mondialisation heureuse » pour reprendre le titre d’un livre d’Alain Minc publié en 1997. La mondialisation de l’économie, la suppression des frontières devaient être la promesse de la fin des conflits armés, du moins entre grandes nations, dans la mesure où l’interdépendance économique des Etats était sensée les lier les uns aux autres et les rendant dépendants les uns des autres. C’est ainsi que les gouvernements et les media occidentaux « vendaient » cette mondialisation. Francis Fukuyama annonçait dans « La Fin de l’histoire » la fin des idéologies et des guerres, un monde uni par les échanges…

   Cette rhétorique repose sur une antienne remontant à l’époque des Lumières lorsque Montesquieu nous vantait le « doux commerce ». « L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » (Montesquieu, De l’esprit des lois, 1758).  En effet, le commerce est un vecteur qui, au-delà des échanges économiques crée des flux par lesquels les hommes sont réputés échanger des idées, se visiter par le biais du tourisme notamment, tisser des liens qui les rapprochent les peuples. La mondialisation offrirait la possibilité d’acheter au lieu de conquérir pour accaparer les ressources.

    En fait, comme tous les projets universalistes politiques, il s’agissait d’établir par tous moyens, y compris et surtout la contrainte, une « Pax Americana » sur l’ensemble de la planète et, plus justement, à terme, par ce truchement, un gouvernement mondial dirigé par une élite oligarchique issue de la société fabienne et nourrie de messianisme judéo-protestant et de judaïsme politique, la puissance états-unienne n’étant qu’un outil s’action. Car toute politique se fonde sur un magistère d’ordre spirituel lequel nourrit un discours intellectuel qui permet d’organiser matériellement et socialement une société : pour l’islam, c’est la « révélation » mahométane contenue dans le Coran. Pour les mondialistes, c’est la gnose kabbaliste avec tous ses développements, comme le protestantisme qui guide les évangélistes américains.

   Par ailleurs, nous pouvons douter du pacifisme du « doux commerce » lorsque celui-ci est porté par les techniques du marketing usant de mots guerriers tels que « conquête, stratégie, engagement ». Ce vocabulaire suffit à planter le décor et à nous laisser plus que dubitatifs à propos de la thèse selon laquelle la mondialisation économique est gage de paix.

   Un premier démenti de celle-ci nous en a été donné par le président des Etats-Unis, George Bush père, dans le discours qu’il prononça devant le congrès américain le 11 septembre 1990 où il présenta l’intervention prochaine des troupes de l’ONU au Koweït contre l’Irak comme l’amorce d’une nouvelle ère, annonciatrice d’une paix à venir : « La crise dans le golfe Persique, malgré sa gravité, offre une occasion rare pour s’orienter vers une période historique de coopération. De cette période difficile, (…) un nouvel ordre mondial peut voir le jour : une nouvelle ère, moins menacée par la terreur, plus forte dans la recherche de la justice et plus sûre dans la quête de la paix. » Curieuse conception de vouloir instaurer une ère de paix en commençant par mettre une région à feu et à sang. Gare à ceux qui s’opposent ou s’opposeront au magistère mondialiste dont les Etats-Unis, phagocytés par les tenants de ce magistère, sont le bras armé. Le conflit en ex-Yougoslavie, marqué par les accords de Dayton, les bombardements du Kosovo et de la Serbie en 1999, la création de ce clone de Nuremberg qu’a été le TPIY (Tribunal pénal international pour la Yougoslavie) – a illustré le monde irénique promis par Bush et consorts !

   Plus généralement, comme cela s’est produit en 1914, en bien comme en mal, les intérêts des Etats l’emportent toujours sur des considérations purement économiques. L’interdépendance ne met pas fin aux risques de conflits. Elle en multiplie les risques et les causes.  Par conséquent, la mondialisation n’empêchera pas des conflits majeurs d’éclater à nouveau à l’échelle de la planète, peut-être très meurtriers, dès lors que l’intérêt des Etats, des groupes d’intérêts qui dominent le monde y verront la seule issue pour préserver leurs intérêts. 

 

Mondialisation économique : les présupposés

   Mais, avons-nous écrit, la mondialisation est portée par l’activité économique. Le fondement théorique de la mondialisation économique repose sur la théorie des avantages comparatifs énoncée par David Ricardo au début du XIXe  siècle.

 Elle explique que les pays se spécialisent dans les productions pour lesquelles ils sont les mieux disposés. Ricardo fondait son propos en 1820 sur l’exemple du Portugal vendant du vin de Porto à l’Angleterre et celle-ci vendant des produits textiles au Portugal. Mais à l’époque, les niveaux de salaires étaient du même ordre entre les deux pays. Ce n’est plus le cas de nos jours lorsque les différences entre les salaires peuvent varier d’un État sous-développé à un État développé de 1 à 10.

   Il s’établit une distorsion majeure qui transforme les règles de la concurrence en foire d’empoigne où tous les coups sont permis pourvu que chacun puisse en sortir gagnant, quitte à tuer les concurrents, car tous les moyens sont reconnus comme valables pour emporter des marchés. Par ailleurs, l’ouverture d’une économie à la concurrence internationale ne peut produire d’effets positifs que si cette concurrence est « juste », c’est-à-dire si elle ne s’accompagne pas de dumping social, environnemental ou fiscal, qu’elle assure une juste rétribution du travail, conditions qui sont rarement toutes réunies.

   Le mal est encore aggravé lorsque, par idéologie, outre ces écarts abyssaux de salaires, les Etats suppriment les barrières douanières au nom du principe du libre échange. Or le libre échange n’est qu’une théorie économique rien moins que politique. Elle a toujours été défendue par des penseurs qui y voyaient un intérêt pour leur propre pays, un moyen d’en accroître la puissance. Lorsque Adam Smith s’en fait le champion, c’est parce qu’il pense que cela sera bénéfique au Royaume uni et singulièrement aux ports écossais.

 Au XXIe siècle, lorsque les gouvernements des Etats-Unis soutiennent le libre-échangisme, c’est parce que ses industries et ses banquiers pensent en retirer un bénéfice, dans le cadre d’une politique impérialiste. Dès lors qu’ils y trouvent un désavantage, ils instaurent aussitôt des freins aux échanges internationaux. Ainsi, bien avant Trump, les Etats-Unis ont su établir des obstacles à la pénétration de leur marché lorsqu’il s’agissait d’en protéger des secteurs. Les Etats-Unis sont un des pays qui savent protéger leurs intérêts vitaux.

   Aujourd’hui, la théorie libre échangiste n’a pas d’autre objectif que de servir des intérêts des affairistes transnationaux et du magistère qui les inspire.

   Cependant, allons plus loin et arrêtons-nous un instant sur l’aspect technique du libre-échangisme et de son contraire, le protectionnisme. Il faut distinguer ainsi deux situations : le protectionnisme entre pays à salaires comparables n’est pas dangereux, sauf souci d’intérêt national. Il permet d’éviter un effet pervers du protectionnisme : celui de soustraire des producteurs locaux à la concurrence étrangère conduit ces producteurs à relâcher leurs efforts pour améliorer la qualité de leurs produits et accroître leur productivité, ce que relevait déjà Adam Smith.

   Mais il est absolument nécessaire entre des pays ayant des niveaux de vie très différents. L’ouverture sans réserve vis-à-vis de la Chine a été une faute majeure, de même qu’en Europe, le libéralisme intra-européen est une autre faute, seulement atténuée par la communauté de civilisation : les différences de coûts de fabrication entre les Etats de l’Europe du Nord, la France et des Etats d’Europe centrale, ou méditerranéenne où ils étaient originellement cinq ou dix fois moindres, créent une situation de concurrence intenable. Il en est résulté des délocalisations qui ont engendré des situations de désindustrialisation d’importance variable selon les Etats, avec en prime, du chômage et des pertes de savoir-faire. Le protectionnisme comme un moyen d’amortir les chocs liés aux mutations économiques.

   Historiquement, le protectionnisme a permis le démarrage industriel de nombreux pays, depuis l’Allemagne au XIXe siècle, jusqu’à la Corée du Sud au cours des années 1960-1990. Il donne le temps nécessaire à un pays pour accumuler un capital industriel productif et de former une main d’œuvre riche d’un savoir-faire élevé.

 

Un choix

   Mais que recherche-t-on en priorité ? L’amélioration du niveau de vie d’une population ou bien privilégie-t-on la puissance et la sécurité d’une nation, d’un Etat ? Le niveau de vie reste une notion assez subjective car il est souvent confondu avec niveau de consommation, c’est-à-dire de la dépense que l’on peut faire pour s’acheter des biens et autres services. C’est une notion à dominante économique, matérialiste, qui ne prend pas en compte un autre aspect de la vie, à savoir la plénitude intellectuelle, mentale, le sentiment et la conscience du bien-être.

   L’augmentation du niveau de vie ne va pas nécessairement de pair avec la puissance, bien au contraire car est alors privilégiée la consommation, autrement dit l’écume de l’économie et non pas la constitution de l’appareil de production, source et fondement de puissance, alors que la recherche de la puissance induit à terme, par l’enrichissement général qui en résulte, une augmentation du niveau de vie.

   Dans le cadre de la mondialisation actuelle, notamment au sein de l’U.E., l’accent, la propagande sont portés sur le niveau de vie des populations, lequel dépend du pouvoir d’achat : dès lors, il nous est expliqué que la concurrence internationale permet de produire à coût toujours plus réduits, ce qui permet aux « consommateurs » des pays riches d’acheter plus aisément un plus grand nombre d’objets, bref de consommer plus. Une telle rhétorique ne vise rien d’autre qu’à satisfaire l’appétit de bénéfices, de profits de sociétés, ‘hommes ‘affaires et rien d’autre.

   En réalité, la paupérisation relative des populations des pays développés les contraints, pour acquérir des biens marchands, à acheter du matériel à bas prix, lequel n’est pas toujours d’une qualité irréprochable et assez solide pour durer. D’ailleurs, il est bien connu que depuis longtemps, les entreprises ont pratiqué l’obsolescence des biens fabriqués, c’est-à-dire la mise en place d’un ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement et assurer un flux de renouvellement continu.

   La meilleure preuve de cette baisse du niveau de vie est que, jusque dans les années 1950, un salaire d’ouvrier qualifié suffisait à assurer la vie d’une famille alors qu’aujourd’hui, le mari et la femme doivent travailler pour espérer lui assurer une existence acceptable.

 Lorsque les opposants au protectionnisme vantent l’ouverture des frontières en incriminant le fait que des productions locales sont plus chères que des productions importées, que le surcoût de ces productions locales pèseraient à la baisse sur la consommation des ménages, ce qui causerait des pertes d’emploi, c’est refuser de tenir compte du fait que les travailleurs employés par les entreprises nationales –  et notamment par celles qui pourraient être relocalisées – verront leur pouvoir d’achat augmenter. Par exemple, des mesures de protectionnisme qui aboutiraient à une production supplémentaire de 500 000 voitures en France provoqueraient un surcoût à l’achat par les ménages français d’environ 500 millions d’euros ; mais l’augmentation de la production et des ventes de voitures en France s’accompagnerait d’une embauche de 7000 ouvriers, d’une augmentation de la production des sous-traitants du secteur automobile, d’une augmentation de la consommation d’électricité, qui impliquerait que 2,2 milliards d’euros soit injectés dans l’économie française. Il en résulterait un accroissement net de 1700 millions d’euros de monnaie injectée dans l’économie nationale.

   Nous parlons de puissance. La crise du Covid 19 nous a montré la piteuse dépendance dans laquelle s’est trouvée l’économie française en matière de médicaments et les atouts qu’une Allemagne encore industrialisée peut retirer.

 

Quelle mondialisation ?

   Les relations entre les peuples peuvent et doivent se faire de telle manière que les populations puissent continuer à vivre sur leur terre d’origine. Telle est la priorité.

   Le problème de la désertification est peut-être le seul qui ne soit pas en partie maîtrisable : dans l’histoire, les changements climatiques ont transformé des régions hospitalières en régions qui ne l’étaient plus. Ils ont ainsi poussé les populations qui les habitaient à chercher de nouveaux lieux de vie. Face à une telle cause, si elle n’est pas d’ordre anthropique, l’homme reste impuissant. Mais la désertification peut aussi provenir d’une surexploitation des sols ou bien de leur mauvaise mise en valeur. La déforestation de la bande sahélienne, l’irrigation déficiente sont des causes humaines auxquelles il est possible de remédier, pour peu que l’on s’en donne les moyens. Des efforts entrepris en ce sens au Burkina Faso, même s’ils ne donnent pas tous leurs fruits, méritent d’être signalés et doivent être systématisés. La gestion des eaux d’un fleuve comme le Niger dans sa partie amont doit permettre de développer de manière bénéfique et dans le respect de la nature l’agriculture dans la bande sahélo soudanaise et d’enrayer la désertification. La coopération internationale prend ici tout son sens.

   Il s’agit de mettre en place une autre forme de mondialisation : celle assurant à chaque peuple de vivre et se développer selon le modèle qui convient à sa spécificité sur la terre de ses ancêtres en assurant au mieux des richesses naturelles dont chacun dispose les moyens de produire l’essentiel de ce dont il a besoin, à commencer par la souveraineté alimentaire. Le commerce international a pour seule justification d’apporter aux peuples ce qu’il leur est impossible de produire à partir de leurs ressources propres. Il s’agit d’une solution réaliste, honnête, équitable qui assure en même temps la possibilité, pour les peuples d’Europe, de desserrer l’étau de l’invasion migratoire. En agissant ainsi, nous préservons en premier lieu nos intérêts vitaux tout en ne lésant pas celui des autres peuples.

   Evidemment, une relocalisation des activités économiques ne va pas s’opérer sans accrocs, sans difficultés, qui peuvent s’avérer graves, car il s’agit d’une réorganisation totale de l’économie planétaire. Un pays comme la Chine, par exemple, devra orienter son commerce en direction de son (potentiellement) immense marché intérieur, ce qui représente un défi important : Xi Jinping a déjà jeté les bases d’une telle réorientation mais force est de constater que, pour le moment, les résultats espérés ne sont pas au rendez-vous.

   Cela précisé, compte tenu de l’inévitable élargissement des marchés par suite de l’augmentation des moyens de production et du volume de biens fabriqués, de la rentabilité des investissements effectués, il est nécessaire d’envisager la constitution de zones économiques constitués par des Etats membres de zones de civilisation homogènes établissant entre elles des liens d’échange selon le principe de subsidiarité, c’est-à-dire portant sur les biens qui servent à compléter et compenser ceux qui font défaut aux unes et aux autres, comme cela s’est toujours fait par le passé.

   Pour cela, d’inévitables barrières douanières doivent être mises en place, principalement entre zones économiques civilisationnelles, comme autant d’écluses permettant de rétablir des conditions d’échange équitables.

 

Le cas de l’Europe

   Actuellement, la partie de l’Europe regroupée au sein de l’U.E., cette organisation néantifiante, est une passoire, en termes de protection économique. Selon l’ancien député Bernard Carayon, qui a lancé la politique publique d’intelligence économique en France en 2005, l’U.E. ne pratique quasiment pas le protectionnisme en matière de marchés publics : pour ce type de marchés (1000 milliards d’euros par an), le taux d’ouverture européen est de 90 %, alors qu’il n’est que de 32 % aux États-Unis, de 28 % au Japon, et de 0 % dans les « pays émergés. Tout cela doit être évidemment corrigé.

   Conjointement à une politique sans concession de refoulement de toute population extra-européenne tentant d’entrer illégalement en Europe et en premier lieu en France, la solution passe, outre le contrôle ou la neutralisation de foyers d’instabilité (qui ne manquent pas en Afrique, par exemple), par l’établissement de traités bilatéraux de coopération et d’échanges fondés sur le respect mutuel et basés sur le principe de mise en place de plans de développement économique. Ces accords devront être conçus sous toutes les formes adéquates et adaptées possibles aux réalités sociologiques des pays sous-développés, cogérées par les deux parties européenne et extra européenne. Toutefois, au moins au début, cela s’effectuera sous la direction européenne dans la mesure où ce sont les Européens qui sont en situation de formateurs et d’instructeurs, pour longtemps encore. Ces plans comprendront des possibilités de formation en Europe dans le but de créer autant que cela est possible des cadres et des élites du développement dans ces pays avec, pour contrepartie l’obligation de retourner au pays.

   Quant à l’Europe – entendue comme comprenant l’Europe carolingienne, l’Europe centrale et la Russie -, le renforcement mutuel des différentes nations d’Europe ne pourra se réaliser efficacement qu’en laissant à chacune d’entre elle sa souveraineté, dans un cadre de type confédéral d’une très grande souplesse où les actions communes ne peuvent être fondées que sur le principe de subsidiarité bien compris, c’est-à-dire selon la conception thomiste où l’on ne travaille en commun que sur des sujets où l’union supplée la faiblesse de chacun. Tout cela est connu, ou devrait l’être et a été développé de nombreuses fois dans notre revue. Cela est vital : nous devons avoir présent à l’esprit cette réalité : le sort de la Sibérie et celui de l’Europe de l’Ouest sont indissociables pour le monde de civilisation européenne et chrétienne.

   La logique d’une politique industrielle à l’échelon des Etats européens en découle, l’industrie et l’agriculture étant les bases indispensables de la puissance, les activités de service étant normalement, pour une grande part d’entre elles au service des deux précédentes.

   Il importe de laisser les Etats développer les secteurs dans lesquels ils excellent, sachant que la richesse créatrice des peuples d’Europe est assez grande pour que chacun d’entre eux brille dans quelque domaine, ce qui permet de répondre aux susceptibilités et aux jalousies réelles ou supposées de chacun.

   L’efficacité commande, pour des projets de grande envergure pouvant intéresser différentes nations, de les confier à un maître d’œuvre national, désigné comme tel, en quelque sorte naturellement, par la force des choses, à savoir par son excellence sans conteste dans un domaine donné. Ainsi, l’unité de direction est-elle respectée et l’efficacité de mise en œuvre des projets garantie dans les meilleures conditions. Dans ce cadre, des accords industriels de sous-traitance peuvent être conclus avec des entreprises étrangères européennes qui, par leurs qualités innovantes et techniques, apporteront un élément de réussite décisif du projet concerné. La saine émulation permettra à chaque entreprise, à chaque peuple de concourir à l’enrichissement commun de notre continent, les positions d’excellence n’étant jamais figées dans le temps.

   La logique de l’efficacité industrielle demande aussi que les sites de production ne soient pas trop éloignés les uns des autres : les dysfonctionnements relevés dans le fonctionnement industriel du consortium Airbus montrent amplement combien la méconnaissance de ce principe est funeste. L’un des atouts de Boeing est justement de ne pas souffrir d’une telle dispersion des sites industriels, outre le fait qu’il bénéficie d’une direction unique. Les organisations soviétoïdes, quels que soient les domaines concernés, sont toujours source de gabegie et, tôt ou tard, sont  neutralisés.

   Il importe de s’efforcer de produire sur son sol tout ce qui peut l’être à un coût raisonnable. Par exemple, il ne semble pas pertinent de vouloir produire des oranges dans les pays nordiques en créant des serres coûteuses en énergie : il vaut mieux les importer. La Biélorussie a mis en place une politique d’autosuffisance alimentaire qui est de bon sens : elle n’importe que ce sa situation géographique et climatique ne lui permet pas d’obtenir : le poisson parce qu’elle n’a pas de côte, les fruits exotiques car c’est un pays froid.

    Il faut, autant que cela est possible, privilégier les circuits d’échange de proximité, cette proximité étant fonction des biens faisant l’objet de commerce : les circuits de primeurs concerneront en général des zones géographiques plus restreintes que ceux des produits métallurgiques par exemple. En outre, à une époque où la lutte contre les pollutions diverses est à la mode, le meilleur moyen de les réduire est de développer des circuits de proximité.

   A cet effet, en France, par exemple, il est vital de déconcentrer les grandes métropoles et de lancer un processus de répartition de la population sur l’ensemble du territoire afin de progressivement le repeupler et éviter les vides dangereux, et de recréer des cadres de vies avec des villes entourées de ceintures maraîchères permettant de les approvisionner sans passer par des mouvement de transport long et par les importations incongrues.

   Evidemment, les autorités de chaque pays sont légitimées à protéger certaines activités considérées comme stratégiques contre les prises de participation par des investisseurs étrangers et à faire en sorte qu’elles soient actives sur le territoire qui ressortit de leur souveraineté.

 

La robotisation, un outil essentiel de relocalisation

   Dans le dernier tiers du XXe siècle, en Europe, l’importation de main d’œuvre extra-européenne – soit pour pallier le manque de main d ‘œuvre européenne, soit, pour exploiter à bas coût des populations peu exigeantes (au moins lors de leur arrivée) et maximiser les profits, tout en refusant de mécaniser et robotiser systématiquement les activités industrielles (comme le font les Japonais pour éviter les dangers d’une migration de populations allogènes) – a constitué cette avant-garde des flots migratoires qui se font de plus en plus denses au fil des ans, et cela d’autant plus que les peuples d’Europe n’opposent qu’un semblant d’opposition à cette menace démographique.

   En cas de nécessité, les relocalisations d’unités de production peuvent s’effectuer dans des délais assez courts, pourvu que le savoir-faire des populations concernées existe. Actuellement, sans qu’il soit question de conflit militaire, des sociétés en rapatrient certaines pour des raisons de qualité de fabrication.

   La robotisation peut faciliter un tel processus. Elle devient même indispensable. Des pays comme le Japon ou l’Allemagne, qui ont des taux de chômage faibles sont les deux pays les plus robotisés du monde avec la Corée du Sud. Avec les robots, les entreprises assurent une production plus que performante, en les laissant travailler sans aucune pause, ceci crée une vraie croissance qui amène les entreprises à embaucher et non à supprimer l’emploi. Cependant, les PME ont du mal à investir car elles manquent de fonds tandis que la rentabilité des robots, qui n’est pas immédiate, freine les banques dans leur politique de prêts. Les sociétés utilisant la robotisation ont au départ licencié du personnel, mais grâce à celle-ci, elles ont connu des phases d’expansion suscitant des métiers et des emplois nouveaux.

   Mais les prix ont chuté. Aux Etats-Unis, installer un robot de soudage sur une chaîne automobile revient actuellement autour de 133 000 dollars (118 000 euros), soit 27 % de moins qu’en 2004 à monnaie constante. Et les coûts pourraient encore baisser de 20 % ces dix prochaines années. En Chine, un robot est rentabilisé en un peu plus d’un an, quand il en fallait douze en 2008.

   Or dans le même temps, les salaires ouvriers ont au contraire augmenté, en particulier en Chine et la robotisation y devient nécessaire pour maintenir la compétitivité des entreprises chinoises. En dix ans, la robotisation massive prévue en Corée du Sud pourrait réduire d’un tiers les coûts de production. La baisse devrait être de 20 % à 25 % en Chine, aux Etats-Unis, en Allemagne et au Japon. Faute d’investissements, d’autres pays risquent au contraire de perdre en compétitivité, comme la France. La robotisation systématique des activités industrielles favorisera la réinstallation d’industries dans les pays à hauts niveaux de salaires, à commencer par l‘Europe. Cela devient une priorité urgente.

 

Pour une mondialisation subsidiaire

   La volonté d’établir un marché mondial unique et unifié en se fondant sur la théorie des avantages comparatifs habilement détournée, avec la destruction des autonomies économiques des peuples et surtout la politique de migrations libres en passe de devenir un droit universel depuis le Pacte de Marrakech et qui menace principalement les peuples blancs et crée les conditions d’affrontements ethniques, de guerres de peuples au sein des Etats devenus multiculturels, est une forme de mondialisation qui n’est qu’une possibilité parmi celles que rend possible le progrès des connaissances scientifiques et techniques.

   Le commerce international est surtout fructueux pour une minorité de marchands et de financiers qui le subventionnent en quelque sorte par des coûts de transport très faibles, rendus possibles par une absence de taxation du pétrole destiné aux cargos, comme aux avions d’ailleurs. Que les coûts du transport augmentent et la mondialisation actuelle perdra de son intérêt. L’objectif à atteindre est celui d’une mondialisation ne concernant que la partie subsidiaire des échanges qui est de l’ordre de 20 % au plus.

   Une telle réorientation de la mondialisation concilie l’intérêt des peuples et les conséquences du développement des techniques depuis 250 ans. Toutefois, elle évoluera en fonction des rapports de forces existant entre les aires de civilisation et au sein de celles-ci entre les peuples eux-mêmes. Force spirituelle, démographie, énergie créatrice, sens de l’effort, en sont les principaux déterminants.

 

André Gandillon, Militant de mai 2020, N°726.

 

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